Écho de la conférence de Mgr Athénagoras Peckstadt sur les défis contemporains de l’Église orthodoxe
Le dimanche 19 octobre 2025, à la basilique nationale du Sacré-Coeur à Koekelberg (Bruxelles), les sections du Brabant flamand, du Brabant wallon et de Bruxelles se sont réunies autour d’une conférence commune sur l’Église orthodoxe, donnée par sa béatitude Monseigneur Athénagoras Peckstadt, Métropolite de Belgique et Exarque pour les Pays-Bas et le Luxembourg.
L’après-midi commença par l’adoration du Saint-Sacrement et des reliques de saint Jean-Paul II devant l’autel dédié aux zouaves pontificaux. Après ce moment de recueillement eut lieu la messe dominicale présidée par le Père Sébastien Dehorter devant une assemblée recueillie.
À 16h, eut lieu la conférence dans la crypte de la Basilique.
Les Présidents des sections bruxelloise et du Brabant flamand, Maîtres Bosteels et Bruyninckx accueillirent les participants et introduisirent l’orateur du jour.
Cette conférence se déroula dans une atmosphère conviviale avec une quarantaine de participants, autour de la présentation de l’Église orthodoxe et de ses défis, par le Métropolite de Belgique.
Celui-ci aborda en détail les six grands défis auxquels doit faire face l’Église orthodoxe.
1°) Le désir de l’unité visible des chrétiens
L’orthodoxie ne recherche pas une unité administrative, mais une communion dans la vérité fondée sur la foi et les sacrements. Cette unité ne se construit pas dans la diplomatie ou la politique religieuse, mais bien dans la prière, la charité et la fidélité à la vérité. Elle demande humilité, patience et écoute mutuelle. Elle n’abolit pas les différences, mais les transforme en communion.
2°) L’unité interne de l’Église orthodoxe
Les relations entre le patriarcat œcuménique de Constantinople et le patriarcat de Moscou ont été éprouvées. Des désaccords autour de l’autocéphalie et de l’Église d’Ukraine, reconnue par le Patriarcat œcuménique en 2019, ont provoqué une fracture douloureuse dans la communion orthodoxe.
Cette histoire récente de l’Église montre que les divisions internes, souvent amplifiées par les intérêts politiques ou nationalistes, fragilisent le témoignage de l’orthodoxie au monde.
L’appel aujourd’hui est de retrouver l’unité de l’amour, non pas une unité de façade, ni une unité de compromis, mais une unité enracinée dans la vérité et transfigurée par la miséricorde.
Elle se construit jour après jour, dans la fidélité, dans l’humilité, dans le service.
3°) Les grands défis éthiques et anthropologiques
Nous sommes confrontés aujourd’hui à l’euthanasie, à la manipulation du patrimoine génétique, la marchandisation et même la transformation du corps humain, ou encore les idéologies qui brûlent la compréhension chrétienne de la sexualité et de la famille.
Face à cela, la réponse de l’Église ne peut être ni le silence, ni la condamnation, mais bien au contraire un témoignage de vérité dans l’amour. L’orthodoxie ne dit pas simplement « cela est interdit », elle dit « cela ne conduit pas à la vie ».
Car tout ce que l’Église enseigne découle d’un unique principe : la vocation de l’homme à la communion avec Dieu. Tout ce qui altère cette communion, par l’égoïsme, la peur, la domination, la violence, éloigne l’Homme de son image véritable. Le Christ est venu pour rétablir cette communion blessée. Le rôle du prêtre, du confesseur, du théologien, n’est pas d’imposer, mais de guider, d’éclairer, de conduire à la liberté des enfants de Dieu.
Les défis éthiques contemporains ne sont pas seulement des sujets de société, mais ils révèlent une crise spirituelle. L’Homme moderne a oublié qu’il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et quand l’Homme oublie Dieu, il finit par se perdre lui-même.
4°) Le danger du nationalisme et de l’ethno phylétisme
Parmi les grands défis auxquels l’Église orthodoxe doit faire face aujourd’hui, il y a le nationalisme ecclésiastique, que les pères ont appelé ethno phylétisme. L’ethno phylétisme consiste à subordonner la foi à l’identité nationale, à faire de la nation ou de la culture, le critère de la vie ecclésiale.
Déjà en 1872, le concile de Constantinople a condamné cette dérive et déclaré l’ethno phylétisme comme étant une hérésie, car il brise l’universalité du corps du Christ. L’Église n’est pas grecque, russe, roumaine ou serbe, elle est catholique, au sens plein du terme, c’est-à-dire universelle. Elle transcende toutes les frontières, toutes les langues, toutes les cultures.
Aujourd’hui, dans certains contextes, l’orthodoxie a été instrumentalisée à des fins politiques. Le Métropolite Jean Zizioulas proposait la voie de la catholicité vécue localement : « Chaque église locale rassemblée autour de son évêque est pleinement l’Église du Christ, mais elle n’est jamais une Église isolée. Elle vit en communion avec toutes les autres, comme les membres d’un même corps ».
Monseigneur Peckstadt nous invite donc à voir nos différences non comme des frontières, mais comme des dons. L’unité de l’orthodoxie ne sera pas uniformité, mais harmonie et cette harmonie ne peut naître que de la charité.
5°) La sécularisation et la perte du sens du sacré
La société moderne, marquée par le progrès scientifique et le matérialisme pratique, a relégué la foi au domaine du privé, du subjectif, voire du folklore. C’est ce que Monseigneur Peckstadt appelle la sécularisation : la perte du sens de la présence de Dieu dans la vie quotidienne. Le plus grand danger de notre époque n’est pas l’athéisme, mais l’habitude de vivre comme si Dieu n’existait pas, disait le Métropolite Jean Zizioulas.
L’orateur nous rappelle que l’orthodoxie a toujours répondu à la sécularisation, non par la peur, mais par la sainteté ; les deux grandes forces de renouveau dans leur tradition ont toujours été la liturgie et le monachisme.
La sécularisation n’est pas une fatalité, mais elle constitue un appel à la conversion du regard, par le témoignage d’une foi vivante, joyeuse et cohérente. Par des communautés où la liturgie est belle, profonde et brillante et par une catéchèse qui initie non seulement à la doctrine, mais à la vie spirituelle, et surtout par des chrétiens qui incarnent la présence du Christ dans leur vie ordinaire, au travail, dans la famille, dans la société.
6°) Les jeunes et la redécouverte de la foi
Il existe un signe d’espérance qui illumine notre temps : c’est le retour de nombreux jeunes vers la foi, qui viennent souvent de milieux agnostiques, parfois indifférents et même hostiles à la religion. Ces jeunes veulent qu’on leur montre la foi. Ils sont sensibles à la beauté et à l’authenticité, à la cohérence. C’est là que se trouve la responsabilité de la religion chrétienne : leur offrir non pas des discours, mais des témoins.
L’Église orthodoxe, grâce à la richesse de sa tradition spirituelle, possède des trésors inépuisables pour nourrir cette quête : la beauté de la liturgie, la sagesse des pères, la vie monastique et la prière du cœur qui apprend à habiter le silence.
Il faut accompagner ces jeunes dans leur cheminement. Beaucoup d’entre eux viennent blessés, désorientés. Ils ont besoin d’écoute, de patience et de tendresse ; l’Église doit être pour eux une maison, non un tribunal, une mère, non un juge. C’est à travers cette nouvelle génération que le Christ renouvelle sans cesse son Église. Si nous savons les aimer, les écouter et leur confier des responsabilités, ils deviendront les artisans du renouveau spirituel de demain.
En conclusion, le Métropolite, tout en constatant que ces défis peuvent sembler immenses et même décourageants, se réfère à l’histoire de l’Église qui nous enseigne que c’est souvent dans les périodes de crise que l’Esprit Saint agit le plus puissamment. La crise dans le sens chrétien n’est pas seulement un drame, c’est un moment de discernement, un kairos de Dieu.

L’avenir de l’orthodoxie dépendra de sa capacité à redécouvrir l’eucharistie comme principe de toute théologie et de toute vie, comme disait le Métropolite Jean Zizioulas.
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Après ce brillant exposé empreint de spiritualité, les participants eurent l’occasion de poser de nombreuses questions, tant en français qu’en néerlandais. Il s’ensuivit une réception conviviale qui clôtura cette belle journée de rencontre.
Jean-Louis Bosteels et Kevin Woolmore
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